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Aschieri: «Le gouvernement confond la locomotive et la salle de classe»

Gérard Aschieri, secrétaire général de la FSU principal syndicat de l'Education nationale, réagit à l'annonce du premier ministre François Fillon, relayée ce matin par le ministre du Travail Xavier Bertrand, d'appliquer la loi sur le service minimum aux enseignants.
Par Stéphanie PLATAT
LIBERATION.FR : mercredi 18 juillet 2007
François Fillon et Xavier Bertrand ont évoqué la possibilité d'étendre la loi sur le service minimum à l'Education nationale, quelle est votre réaction?
Je trouve ça assez extraordinaire d'annoncer ça de cette façon alors que nous étions tous en réunion le matin même (mardi matin alors que l'annonce du Premier ministre a été faite mardi soir, NDLR) pour le Conseil supérieur de la fonction publique. Pas un mot n'a été prononcé à ce sujet lors de cette réunion alors que le ministre de la fonction publique étant présent! C'est une provocation. On se demande si le gouvernement ne cherche pas à accumuler les motifs de conflit alors que publiquement il dit rechercher le dialogue avec les partenaires sociaux.


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L'accueil des élèves est de plus un système qui existait déjà...
Effectivement. Sur le fond, aujourd'hui, l'accueil des élèves peut être assuré. Les enfants sont accueillis quelque soit le nombre de grévistes dans l'établissement. Il faut savoir qu'il n'y a pratiquement jamais 100% de grévistes. Dans les écoles, les enseignants non-grévistes se chargent de prendre les enfants dans leur classe. Il faut savoir aussi que les municipalités peuvent remplacer les écoles primaires en grève. Elles ont le droit d'accueillir les élèves mais ne le font que très rarement pour des raisons d'organisation et de responsabilité. Le dispositif d'accueil pour pallier les absences des grévistes existe donc bel et bien.

Les directeurs d'école primaires n'étaient-ils pas déjà obligés d'accueillir les enfants?
Non, puisque les directeurs sont des enseignants comme les autres. Mais je tiens à ajouter que les professeurs sont des gens responsables. Qu'en cas de grève, ils préviennent un jour, voire deux jours à l'avance les parents. Chez nous, la déclaration préalable est spontanée. Nous ne demandons pas mieux que d'améliorer le système mis en place avec les municipalités s'il ne s'agissait que de ça car on ne fait pas grève pour embêter les gens. Mais pour améliorer l'accueil, il faut au moins engager une discussion tripartite.

En prenant les enfants jeunes en exemple, le ministre ne joue-t-il pas sur la corde sensible des citoyens?
Oui, et il fait preuve d'une méconnaissance voire d'une ignorance de ce qui se fait dans la réalité et notamment de l'option mairie pour garder les enfants. C'est assez fantastique alors que lui-même a été longtemps adjoint au maire de Saint-Quentin! Pour nous, c'est soit une ignorance soit un désir de réduire la possibilité donnée aux enseignants de faire grève. Je crains qu'il ne s'agisse de cette seconde option.

Que penser de cette annonce qui survient au milieu du mois de juillet et après l'annonce des nombreuses suppressions de postes dans l'Education nationale?
Pour moi, c'est un mauvais coup de l'été. Le ministre ajoute un motif de mécontentement à la profession. Il accumule les sources de conflit avec cette sortie qui, réalisée sans aucune consultation, va mettre un coin entre les parents et les enseignants.

Quelles suites à donner à cela?
J'attends des propos rassurants du ministre. Son annonce pourrait induire une réquisition du personnel, hors celle-ci est inconstitutionnelle. C'est un choix politique, entre le conflit ou le dialogue. L'annonce a été faite alors qu'il n'y a pas de projet de loi sur le service minimum dans notre secteur. Alors, peut-être y-a-t-il un amendement parlementaire à ce sujet? Mais la transposition de la loi sur les transports à l'éducation nationale n'est pas envisageable, et il me semble que ce n'est pas la première fois que le ministre confond la locomotive et la salle de classe.

Commentaires

  1. En tant que futur parent d'élève, je comprend que l'on puisse être exigeant quant à l'assiduité des professeurs qui enseignent à nos enfants ; cependant les acquis sociaux et surtout le droit de grève individuel sont des droits pour lesquels nos parents et grand-parents se sont battu et parfois jusqu' à la mort pour obtenir ce droit à la revendication.
    C'est pourquoi il me parait essentiel que ces acquis subsistent sous leurs formes originelles et qu'ils ne fassent pas l'objet d'un bradage clienteliste.
    Stef.

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