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La mondialisation n’est pas une régression

La mondialisation n’est pas une régression
Nombre de pays occidentaux tirent parti du phénomène sans verser dans l’ultralibéralisme.
Par MANIÈRE PHILIPPE
QUOTIDIEN : vendredi 20 juillet 2007

Cher Libé, je t’écris comme on écrit à un ami, avec bienveillance mais aussi avec sincérité. Je te lis depuis vingt-cinq ans, toujours avec un plaisir que peu d’autres journaux me procurent. Parfois, aussi, avec irritation. Je suis sûr de ta bonne foi, et je sais ton talent. Ce qui fait que tes naïvetés me navrent. Ne te méprends pas : j’aime tes emportements, et je ne te demande pas un instant de devenir aveugle ou indifférent à la misère du monde. Simplement, je serais heureux que, avant de gémir et de sermonner comme tu le fais si bien, tu regardes le monde tel qu’il est. C’est-à-dire avec lucidité et sans paranoïa. Cher Libé, j’ai une question à te poser. Depuis tes origines, tu te veux moderne et sans tabous. Tu te passionnes pour l’avant-garde culturelle. Tu prêches la tolérance en matière sociétale. Tu salues, dans tes formidables portraits, les profils originaux, les gens qui font bouger le monde. Alors pourquoi te rencognes-tu si souvent, dès que l’on parle économie ou social, dans la position du vieux grognon conservateur ? La réponse est évidemment dans la question : tu as le sentiment qu’il faut faire échec à ces changements parce qu’ils vont dans le mauvais sens. Le modèle français, tu le sais bien, est loin d’être irréprochable. Beaucoup de modèles d’organisation alternatifs ont des résultats bien plus probants sur tous les critères possibles, du chômage à la mobilité sociale en passant par le revenu par habitant. Je sais que je te fâcherais si j’évoquais les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, mais peut-on raisonnablement plaider que l’Irlande, le Canada, le Danemark, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande, la Finlande, l’Espagne sont tous d’affreux ultralibéraux ? Evidemment pas. En revanche, il est vrai que tous s’en remettent plus que nous aux agents privés, et moins à l’Etat. Tous ont maîtrisé leur dépense publique, aucun ne compte d’abord sur l’action publique pour faire le bonheur du peuple. Tous ont pris acte de la mondialisation et cherchent à en tirer le meilleur parti sans la récuser. Leurs succès sont-ils répugnants à ce seul motif ? Bien sûr, s’en remettre entièrement aux agents privés, aux marchés - horresco referens ! - serait une folie. C’est pourquoi, partout dans le monde, on a mis au point des politiques publiques visant à canaliser l’extraordinaire énergie des agents privés.

Pourrait-on faire mieux, arbitrer plus finement entre efficacité et justice ? Cher Libé, c’est à ce débat-là que tu devrais prendre part. Le champ des possibles est immense. Les Etats-Unis viennent de sauver la seule partie de leur système de santé qui soit publique, et en ont fait un modèle de gestion et de performance médicale. Mais les Australiens ont affermé pratiquement toutes leurs infrastructures publiques à des sociétés privées. Les Allemands ont privatisé leur fret ferroviaire et deviennent des exemples en matière de transport écologique. Les Finlandais ont été reconnus comme ayant le meilleur système scolaire d’Occident, mais ils n’ont pas de maternelles. Les Suédois ont aboli leur ISF. Les Britanniques ont introduit un salaire minimum. Pourquoi, en France, considérer que tout ce qui est vaguement attentatoire à un «modèle» né il y a plus d’un demi-siècle est inacceptable ? Faut-il modifier la loi ou la fiscalité pour que les rémunérations des dirigeants d’entreprises soient plus méritocratiques ? Faut-il renforcer les règles de la concurrence pour éviter les oligopoles ? Faut-il organiser autrement l’entrée dans les meilleures filières éducatives pour que la diversité des origines y soit renforcée ? Faut-il réduire les impôts mais envisager une allocation universelle ? Tout cela se plaide, et tu pourrais le défendre au nom de tes idéaux.
Cher Libé, tu le sais bien, c’est une grande lâcheté intellectuelle que de préférer la bonne conscience à la vérité, l’emportement indigné à la créativité empirique. Je ne te demande certes pas d’être libéral, mais d’être libre. Souviens-toi de ton nom, Libération !

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