L’affaire Clearstream se rapproche dangereusement

Jean-Louis Gergorin, ex-dirigeant d’EADS, a confirmé le rôle central de Chirac dans l’affaire des faux listings.
Par Karl Laske
QUOTIDIEN : vendredi 20 juillet 2007
«I l faut saisir ou informer un juge. C’est une instruction du président de la République».C’est ce que Dominique de Villepin aurait dit à Jean-Louis Gergorin, en avril 2004, peu avant qu’il ne décide de prendre contact avec le juge Renaud Van Ruymbeke. La remise des lettres anonymes, la dénonciation calomnieuse, la transmission des listings accusateurs auraient été avalisés au plus haut niveau. Une source judiciaire a confirmé, hier, la teneur des propos du corbeau présumé de Clearstream.Jean-Louis Gergorin, ex-dirigeant d’EADS, a été entendu durant treize heures, mercredi, et son audition doit reprendre aujourd’hui. Son avocat, Me Paul-Albert Iwiens, s’est refusé à tout commentaire. Mais Gergorin n’a pas caché son intention de se délester d’une partie de son fardeau.
Les juges s’approchent encore du pouvoir. Il y a peu, ils recueillaient la déposition d’un ministre de l’Intérieur partie civile, et orientaient leurs recherches sur le Premier ministre. Depuis, la victime est devenue président de la République, l’ancien Premier ministre est convoqué pour être mis en examen et l’enquête s’oriente sur l’ancien président.
La dernière interrogation, sortie des nouvelles notes du général Rondot, est directe: Chirac a-t-il, en plus, donné pour consigne à Villepin de «balancer Sarkozy» ? Ce qui pourrait signifier qu’ils étaient, peu ou prou, dans la connivence de la falsification des listings.
Avant d’entrer au Pôle financier pour une nouvelle audition, hier, l’informaticien Imad Lahoud a nié les propos rapportés par Rondot, au sujet de l’instruction présidentielle. «C’est un mensonge», a-t-il assuré. Il a répété qu’il n’était pas le «falsificateur» des listings bancaires de Clearstream : «Ça, c’est l’affaire de Gergorin et de Rondot.»
Dominique de Villepin, lui, est convoqué le 27 juillet, en vue de sa mise en examen pour «complicité de dénonciation calomnieuse, recel de vol, recel d’abus de confiance et complicité d’usage de faux».
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