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L’ère du sarkozysme absolu

AgoraVox, lundi 23/07/07
Depuis bientôt trois mois, nous sommes entrés dans l’ère du sarkozysme absolu. Tous les médias, tous les pouvoirs, tout converge vers notre nouveau président, et aucun obstacle ne peut se mettre en travers de sa route. On assiste parallèlement à une belle opération de désinformation continue. "Sarkozy aussi populaire que Charles de Gaulle", "Les Français plébiscitent l’ouverture", "Sarkozy sauve l’Europe", "Sarkozy soutient la candidature de DSK à la tête du FMI", "Sarkozy aide à la libération des infirmières bulgares en Libye"...

Dans le flux continu de ces informations débitées à longueur de journée par des médias complaisants, quelques faits sont réels, d’autres sont tout simplement d’éhontés mensonges.

La popularité comparée de Sarkozy, tout d’abord.
On tente de nous faire croire que notre nouveau président est le plus populaire depuis Charles de Gaulle, vénérable père de notre République. Tout la presse, sans exception, s’est faite l’écho d’une étude de l’IFOP, réalisée pour le Journal du dimanche le 26 mai dernier, donnant Sarkozy comme étant à deux points seulement derrière le Général, "le seul à avoir eu une cote de popularité meilleure lors de son arrivée à l’Elysée, avec 67 % en 1958." Surprise et consternation. D’où proviennent ces chiffres ? Non pas ceux du sondage, dont nous ne pouvons remettre en cause la réalité. Mais ceux du général de Gaulle ?

Après de nombreuses recherches effectuées sur le web, "impossible" de retrouver les chiffres précis de cette étude de popularité concernant le général de Gaulle en 1965. Seuls chiffres certains, les cotes de popularité du général avant le scrutin présidentiel. Petit retour historique. Le général avait instauré le principe d’une élection présidentielle au suffrage universel et 1965 devait être l’année de son sacre. Les sondages le donnaient à 66 % d’intentions de vote au premier tour, laissant même espérer une élection au premier tour. A la surprise générale, François Mitterrand était venu perturber le jeu "monopolistique" du parti gaulliste. Le candidat socialiste (rappelons qu’il était alors bien isolé sur la scène politique, faisant figure de "has been" dont la réputation était entâchée par l’affaire de l’Observatoire) avait obtenu 31,7 % des suffrages, contre 44,6 % au général. Un certain Lecanuet, candidat du centre, obtenait également un joli 15,6 %. De Gaulle avait été élu, bien sûr, mais loin de remporter le plébiscite attendu. Trois ans plus tard, un certain mois de mai provoquait la première grande crise de société de l’après-guerre et sa fuite à Baden-Baden.

Deuxième certitude, le seul institut de sondages fournissant un baromètre continu sur la popularité des chefs de l’état est la TNS-Sofres, depuis octobre 1978. Pas de chiffres, donc, concernant De Gaulle et Giscard à l’issue de leur élection, mais bien pour Mitterrand et Chirac. Constat : Mitterrand obtenait une cote de popularité de 74 % en 1981, 63 % en 1988, Chirac 64 % en 1988, et seulement 50 % en 1995. Conclusion : avec 63 % (chiffres TNS-SOFRES), Nicolas Sarkozy est 11 % derrière le meilleur score de Mitterrand et fait jeu égal avec Chirac en 1988. Pas de quoi crier au succès "phénoménal".
Même chose pour Fillon. Le même sondage annonçait que François Fillon obtenait 62 %, soit le meilleur score depuis Alain Juppé en 1995. Là encore, il s’agit d’une désinformation flagrante. En se reportant aux sondages continus de TNS-Sofres, on constate que les champions des sondages, depuis 1981, sont :

  1. Pierre Mauroy et Edouard Balladur : 73 %
  2. Lionel Jospin : 71 %
  3. Michel Rocard : 66 %
  4. Alain Juppé : 65 %
  5. Jean-Pierre Raffarin : 64 %

Avec 63 % de cote de confiance, François Fillon est donc loin de battre des records de popularité.

D’où viennent donc ces chiffres fournis par l’IFOP et pourquoi les médias n’ont-ils pas souligné ces incohérences que de simples internautes un peu curieux pouvaient constater en quelques clics ?
Faut-il y voir, comme certains le suggèrent, la main discrète de Laurence Parisot, présidente du Medef et toujours présidente du Conseil d’administration de cet institut de sondage "marqué à droite" ? Ou bien, est-ce seulement la paresse intellectuelle d’une classe médiatique entièrement dévolue au nouveau pouvoir politique ?

Comment ne pas remarquer, la semaine dernière, la remise de distinctions honorifiques à Christine Ockrent (officier de la Légion d’honneur), ainsi qu’à la journaliste de FR3, Elise Lucet, à Nonce Paolini, nouveau PDG de TF1, à Philippe Baudillon, journaliste de TF1, à Francis Morel, directeur général du Figaro et président du Syndicat de la presse quotidienne nationale et à Nicolas Baverez, économiste nettement marqué à droite et pourfendeur du "déclin français", tous nommés "chevaliers" du même ordre.

Pendant ce temps, les textes de loi sont votés par des assemblées à peu près vides. Lorsque François Bayrou voulait assainir la vie politique en exigeant que les élus fassent acte de présence à l’hémicycle pour mériter leur rémunération, Nicolas Sarkozy préfère modifier la Constitution pour avoir l’insigne plaisir de venir défendre lui-même sa politique devant les députés.

La machine médiatique ne s’arrêtera pas à ces broutilles. L’IFOP continue de diffuser des sondages tronqués ou absurdes (70 % des Français approuvent la loi sur le service minimum, alors que personne n’en connaît encore le contenu !). Le jeune conseiller de Nicolas Sarkozy, Laurent Solly, 37 ans, va devenir le bras droit de Paolini à TF1. Les journaux de Bolloré (Matin Plus et Direct Soir, tressent des couronnes de laurier à peine déguisées en articles de presse, au gouvernement et au nouveau président à longueur de pages. La presse libérale applaudit des deux mains, bien sûr.

Non, ce n’est pas Nicolas Sarkozy qui a négocié le mini-traité européen, même s’il a joué un rôle positif dans ces négociations. Il est encore très loin d’avoir "sauvé l’Europe" et sème le doute parmi nos alliés à cause de sa politique économique.

Non, Nicolas Sarkozy ne convainc pas avec sa politique d’ouverture. Preuve en est le piètre résultat obtenu par les députés de la majorité sortante aux législatives (50 sièges perdus sur 363), ainsi que les inquiétudes concernant le remboursement des frais de santé ou d’autres sujets sociaux encore en suspens.

Non, Nicolas Sarkozy n’est pas à l’initiative de l’appel à DSK pour la présidence du FMI, qui est le fait de Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois.

Non, Nicolas Sarkozy n’est pas le négociateur, ni sa femme Cecilia, qui va permettre aux infirmières bulgares d’être libérées (peut-être). Ce long travail a été mené par Amnesty International, Avocats sans frontière, Benita Ferrero-Valdner, commissaire européen aux relations extérieures, M. Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, 114 lauréats du Prix Nobel et bien d’autres encore, avant que, soudain, le 26 avril dernier, le candidat Sarkozy ne se souvienne de ce dossier et ne tente de se l’approprier.

Pendant ce temps, le Parti socialiste se déchire et le leader le mieux placé pour mener la prochaine bataille (Dominique Stauss-Kahn, selon les sondages), céderait aux sirènes internationales plutôt que de mener le combat de reconstruction de la gauche. Le désespoir règne à gauche. Le peuple se tait et la comédie continue, jusqu’aux prochains réveils difficiles de ce pays si versatile.

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