Sarkozy joue avec le feu

La France va fournir un réacteur nucléaire à la Lybie. Cela me fait étrangement penser à la Syrie qui, ayant profité d'accords commerciaux avec Mr Bush père et compagnie, ont développé à partir d'un programme nucléaire civil, des centrifugeuses capables de produire de l'uranium enrichi, élément de matière première nécessaire à la confection d'une bombe nucléaire.

Le ministère des Affaires étrangères a beau assurer que la fourniture d'un réacteur nucléaire la désalinisation de l'eau en Libye respecte l'objectif de non-prolifération, l’inquiétude subsiste au sein de l’opposition et des organisations écologiques.

«Faire la lumière» pour le PS

Le Parti socialiste a demandé jeudi que «toute la lumière soit faite» sur ces accords, estimant qu'il était «peut-être un peu tôt pour se jeter dans les bras de Kadhafi et lui apporter notre caution internationale». «Il est légitime que les Français sachent si ces accords ne comportent pas des clauses secrètes et quelles sont-elles», a déclaré, au nom du PS, Faouzi Lamdaoui, secrétaire national. Il a par ailleurs réitéré la demande de Jean-Marc Ayrault (PS), d'une audition dès jeudi du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, sur les conditions de la libération des infirmières et du médecin bulgares.

Nicolas Sarkozy fait «prendre des risques à la planète», a pour sa part déclaré jeudi le député vert Noël Mamère. «C'est un troc tout simplement, c'est un accord passé sur le dos de la libération de ces infirmières bulgares», conclu «avec un dictateur qui avait faussement accusé ces femmes d'avoir inoculé le sida à des familles libyennes», a déclaré le député-maire de Bègles (Gironde).

Rester «vigilant» pour le NC

Son parti a également dénoncé jeudi le «cynisme sans limite» du Président français, l'accusant de «jouer avec le feu». «La précipitation avec laquelle les choses se sont conclues démontre bien que cette affaire politico-commerciale a été envisagée, voire négociée, bien avant la libération des infirmières», souligne Yann Wehrling, porte-parole national du parti écologiste.

Y compris au sein de la majorité, on appelle à la prudence. Si le président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée, François Sauvadet, a estimé qu'il fallait «donner sa chance» au partenariat avec la Libye, il a reconnu qu’il faudrait rester «vigilant»,

«Utiliser l’énergie solaire» pour «Sortir du nucléaire»

Même haro du côté des organisations écologiques. Greenpeace France a jugé la France «irresponsable» jeudi. «Cet accord pose un énorme problème de prolifération nucléaire, estime l'ONG, qui rappelle que «la longue liste des pays souhaitant aujourd'hui accéder à cette technologie montre l'ampleur du bouleversement en termes de sécurité mondiale que représentera une généralisation accrue du nucléaire et l'impossibilité de contrôles internationaux, déjà problématiques actuellement».

Le réseau d'associations «Sortir du nucléaire» suggère quant à lui qu’il serait «bien plus efficace et bien moins cher» d'utiliser l'énergie solaire pour désaliniser l’eau. Pour Sortir du nucléaire, il ne fait pas de doute que «nucléaire civil et militaire sont indissociables», et que «livrer du nucléaire civil à la Libye reviendrait à aider ce pays à accéder tôt ou tard à l'arme atomique».


C. F. avec AFP

La Libye a longtemps été au ban de la communauté internationale, accusée de soutenir le terrorisme et d'être responsable des attentats contre un avion américain à Lockerbie (270 morts en 1988) et un avion français au-dessus du Niger (170 morts en 1989).
La normalisation apparaît pleine de promesses pour les entreprises françaises (pétrole, gaz, nucléaire, banque) dans un pays gros producteur d'hydrocarbures qui ouvre ses portes aux investisseurs et tente de rattraper son retard après une décennie d'embargo.
Mr Sarkozy privilégie donc des intérêts économiques nationaux au dépend de la sécurité internationale.


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