Vouloir, c'est pouvoir...

Pour le gouvernement français, la croissance est donc une affaire de volonté. Hier la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, a continué à essayer de faire croire que pour 2007, la croissance française atteindrait les 2,25 %. Pour l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), au mieux la hausse du PIB devrait atteindre 1,8 %
C’est que le gouvernement n’a guère d’autre choix s’il veut maintenir le déficit budgétaire dans les clous européens, tout en finançant sa politique fiscale reposant principalement sur des allégements de l’impôt sur la fortune. Au bas mot 15 milliards d’euros en année pleine de manque à gagner pour le budget. «A 2,25 de croissance on passe à peu près, explique un membre UMP de la commission des finances de l’Assemblée. En dessous…» L’exercice de construction et de défense du budget 2008, qui s’ouvre dans les semaines à venir, risque donc de devenir périlleux pour le gouvernement. Certains députés de la majorité ont déjà montré un peu de scepticisme devant l’efficacité du paquet fiscal voté cet été.
Jusqu’ici, Nicolas Sarkozy a fait taire toutes les velléités de rébellion. Comme la semaine dernière devant le Medef, lorsqu’il a annoncé «la croissance qui nous manque, je veux aller la chercher». «Il va falloir comprendre que tout ne se décrète pas, dit un député Nouveau Centre. Mais comme personne n’ose lui dire…»
La gauche a trouvé hier une confirmation de ses prévisions les plus sombres. Michel Sapin, secrétaire national du PS à l’économie, a réagi à cette première correction. La jugeant «inquiétante». Ajoutant, «cette piètre performance est la résultante des choix économiques et fiscaux de la majorité qui a préféré abaisser massivement les impôts acquittés par les ménages les plus aisés» plutôt que de «restaurer la compétitivité profonde du pays en investissant dans la recherche ou l’éducation».
Les Français vont «payer une deuxième deux fois le paquet fiscal», ajoute Michel Sapin. Au-delà, ce sont les discussions avec Bruxelles qui risquent de se compliquer encore un peu plus. Mais puisque tout est affaire de volonté…

(Libération, le 06 sept 2007)

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