Toute nouvelle égalité crée une inégalité

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"Dès que l’on crée une égalité, on crée une inégalité". Un des mes amis m’a balancé cette phrase dans un dîner, récemment. Et à la réflexion, ca va loin... Très loin
Mathématiquement, c’est l’évidence même. Prenez des gens qui subissent une inégalité. Mettons, par exemple, une inégalité de patrimoine. Prenez un choix de fiscalité. Où on crée une "égalité" ; tout le monde paye la même chose. On crée alors une inégalité au passage : l’impôt pèse plus sur ceux qui ont moins. Où on crée une autre "égalité" : la pression de l’impôt doit peser pareil sur chacun, impôt progressif. Mais dans ce cas, on crée une inégalité de taux de l’impôt.

Ca va loin, parce que ca permet de se poser autrement toutes les questions de justice, d’égalité, de répartition, etc. Il y a certes les grandes idées, dans leur splendeur platonnicienne... Mais il y a surtout, dans la réalité, des divergences d’intérêts, des affrontements, des arbitrages, des répartitions. A la limite, tout droit nouveau, par essence, favorise les intérêts de certains au détriment d’autres. Droit de ne pas être licencié comme un kleenex ? Limitation de la liberté de manoeuvre de l’entrepreneur. Droit à la retraite ? Ponctionné sur les revenus des travailleurs, etc.

Le plus intéressant avec cette idée, c’est justement qu’on ne la voit pas tellement. La société du spectacle, qui pousse chaque jour un peu plus ses ramifications, aime la politique, mais elle déteste, plus que tout, reconnaître les conflits d’intérêts. Dire qu’il va falloir imposer aux riches et aux puissants une forme de justice sociale est aujourd’hui considéré comme un discours romantique, extrémiste, révolutionnaire, naïf, contreproductif et antiFrance.

C’est dommage parce que pendant ce temps là, les revenus du capital s’envolent et les revenus du travail stagnent, pour ceux qui en ont (du travail). Le site révolutionnaire d’extrême gauche du Ministère de l’équipement ( !) publie ainsi une étude impressionnante. Entre 1969 et 1998, les revenus du travail ont progressé de 2,5 % par an en moyenne et les revenus du capital de 3,2 % par an. Ca n’a l’air de rien, mais ça signifie que si en 1969 le travail gagnait 100 et le capital gagnait 100, en 1999, le travail gagnait 200 et le capital 205. Traduction concrète, toujours selon la même étude : en 1969, 10 % des ménages les plus fortunés concentraient 40 % du patrimoine national, en 1998, les mêmes 10 % concentraient 50 % (et les 1 % les plus riches, 20 % à eux seuls). Quels bandidos ces chercheurs de l’équipement !

On a donc émasculé la politique pour l’empêcher de se poser ce genre de questions, au nom de l’efficacité globale du système. Qui, au Parti socialiste, oserait dire "mon job c’est d’améliorer la vie des 20 % les plus pauvres" ? Personne ! 50 % les plus pauvres ? Personne ! 80 % les plus Pauvres ? Personne ! Il faut améliorer la vie de tout le monde, et feindre de ne pas voir que certains en profitent plus que d’autres et que ce sont toujours les mêmes.

Cette réflexion n’est pas destinée à plaider pour la guerre de tous contre tous et le retour de la lutte des classes. La paix sociale est préférable, surtout quand on est précaire ou vulnérable, à la loi des bandes et des puissants. Mais pour rappeler, quand même, que le rôle du politique, surtout de gauche, c’est de rechercher l’équilibre le plus juste, et de l’imposer par la contrainte quand nécessaire.

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