Accéder au contenu principal

Les Prud'hommes : un bien nécessaire


C'est donc la participation qui marque le scrutin Prud'hommal d'aujourd'hui. Et franchement est-ce si étonnant que ça ? Un peu plus, un peu moins de participation, de toute façon entre 1979 et 2002, le taux a chuté de 63% à 32,7%, salariés et employeurs confondus.

J'avais écrit dernièrement que si ce scrutin dépassait autant le cadre traditionnel de sa désignation, c'est que les enjeux sont exceptionnels, parce que dans un contexte de difficultés majeures pour les salariés où plus rien ne va, il y a besoin de donner confiance en montrant qu'il est possible d'inverser le cours des choses.

La crise actuelle du capitalisme est la plus grave qu'ait connu l'économie mondiale depuis des décennies. Son développement contredit tous les discours patronaux et gouvernementaux tenus jusqu'alors vantant les vertus du libéralisme, de la compétitivité, du laisser faire.

C'est donc par ce vote, un moyen simple et démocratique, que 18 millions de salariés ont eu la possibilité d'envoyer un message clair au gouvernement et au Président de la République, au MEDEF et aux employeurs, un moyen de se faire entendre et respecter !

Voici quelques exemples très concrets qui permettent de justifier tout l'intérêt des Prud'hommes dans la lutte au quotidien pour défendre les salariés :

-Licenciements abusifs : Intéressant jugement au conseil de prud'hommes de Libourne qui a condamné lundi 8 Septembre 2008 le fabricant de maillots de bain Arena pour licenciement abusif de 96 salariés dont l'activité a été délocalisée en Chine.
"S'il est évident que le transfert d'activité dans des pays à protection salariale et sociale inférieure aux normes françaises est susceptible d'entrainer une diminution des coûts de production, ainsi qu'une augmentation des marges, cette circonstance ne saurait à elle seule constituer un motif économique de licenciement suffisant" relève le jugement.

-Le CNE, contrat nouvelle embauche : C'est le conseil des prud'hommes de Longjumeau qui, le premier, a jugé le 28 Avril 2006 le CNE non conforme à la convention 158 de l'organisation internationale du travail stipulant "qu'un travailleur ne devra pas être licencié sans qu'il existe un motif valable de licenciement".
Avec le CNE, plus besoin de motif pour licencier : gare au syndicaliste rebel, à la femme enceinte, au salarié malade, à celui qui refuse les heures sup' gratuites... C'est donc le contentieux judiciaire qui a eu raison du CNE.

-Précarité : vous vous souvenez peut-être du bureau de Poste de Cordes-sur-Ciel (Tarn) qui avait été médiatisé pour avoir fait cumuler à une postière pas moins de 247 CDD en 16 ans.
Défendues par la CGT devant le conseil des Prud'hommes d'Albi, elle obtient 66000 euros de dommages et intérêts, la reconstitution de son ancienneté réelle et la régularisation de sa situation en matière de retraite et de mutuelle.

Voilà ce sont quelques exemples récents, de la Justice rendue par ces conseils de Prud'hommes.

Le problème est... [Et c'est quand même assez caustique de voir un X.Bertrand se faire le porte voix de la représentativité syndicale et de la défense de cette vieille institution qu'est la justice Prud'hommale] de constater que la justice prud’hommale risque de souffrir de la réforme initiée au printemps par la Garde des sceaux, Rachida Dati et le ministre du travail. Sur 271 conseils de prud’hommes répartis un peu partout en France, 62 devraient être supprimés.

De plus, si la contestation sociale est largement justifiée, nous avons à faire à un gouvernement qui se soucie peu des revendications salariales. Le trop faible nombre de jours de grève ne permet plus de comprendre la portée de cette contestation, contre les décisions arbitraires qui frappent les travailleurs. Il y a atteinte au droit de grève dans le public et le secteur privé ne sera peut-être pas toujours épargné...

C'est pourquoi il faut rester très concerné par ces problématiques, faire valoir ses droits, adhérer à un syndicat, lutter contre le moins bien social.

Bien sur que les gens qui se battent n'ont pas forcément gagné par avance. Toutefois les gens qui ne se battent pas ont déjà perdu.

Commentaires

  1. +5 pour toi
    bonne soirée

    RépondreSupprimer
  2. Par les temps qui courent, les Prud'hommes risquent malheureusement d'avoir pas mal de boulot...

    Les licenciements économiques(très tendance ces dernières semaines) peuvent cacher parfois des licenciements moins académiques!!!

    cela dit, le résultat est le même...il n'y a pas de "Bon" et de "Mauvais" licenciements!!!

    RépondreSupprimer
  3. Il est clair qu'il faut absolument préserver les conseils de prud'hommes, c'est un des seuls moyens pour rééquilibrer le rapport de force entre salariés et patronat. En plus, la France est le seul pays européen à posséder ce type de juridiction.

    RépondreSupprimer
  4. @ Sarje et Gavroche : oui les Prud'hommes ont de beaux jours devant eux (si je puis dire...), et oui ils sont indispensables. Ce que je ne comprends pas, c'est que certaines entreprises sont régulièrement convoquées et jugées, mais ne sont pas plus inquiétées que cela, si ce n'est d'être à nouveau convoquées devant les prud'hommes pour des affaires similaires par d'autres salariés. Au bout de plusieurs condamnations aux Prud'hommes, il faudrait sévir un peu plus, quitte à convoquer les responsables devant les tribunaux classiques.

    RépondreSupprimer
  5. Bonjour, j'ai visité votre blog et j'ai trouvé que vous publier de bon article en général, cela vous diriez-il de mettre un lien entre nos 2 blogs?
    MON BLOG: http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
    J'attends votre réponse !!! et bonne continuation !!!
    Je vous invite dès maintenant à vous abonnez vous à la Newsletter !!!

    RépondreSupprimer
  6. Toujours du plaisir à lire votre blog.
    Ces élus prud'hommaux sont bien les plus mal élus avec un taux de participation aussi faible.
    à plus
    Phil

    RépondreSupprimer
  7. Pourquoi en n'a-t-on pas parler à la télé ? Comme n'importe qu'elle élection ??

    RépondreSupprimer
  8. Parce-que la participation (à l'élection prud'hommale) étant plus faibles que pour n'importe quel autre scrutin, les chaîne TV se doutent que l'audience risque d'être médiocre...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Modérez vos commentaires !

Posts les plus consultés de ce blog

Laurent Berger isole un peu plus la CFDT

Au moment où la CGT a voté sa résolution le "syndicalisme rassemblé", le nouveau leader de la CFDT déclare ne pas vouloir défiler avec la CGT le 1er Mai. Quelle honteuse stratégie que de vouloir écarter médiatiquement le premier syndicat de France en terme de représentativité qu'est la CGT.
La fougue, la jeunesse, le manque d’expérience du jeune dirigeant n'excusent pas tout, se rend t-il compte qu'il isole un peu plus la CFDT ?

Une stratégie perdante
Si ça peut satisfaire dans un premier temps ceux qui ne sont pas toujours en accord avec les positions de la CGT, il faut connaitre et bien comprendre ce qu'est le syndicalisme. Une organisation syndicale seule ne peut rien ! Peut-être dans quelque cas où le syndicat est majoritaire au sein d'une entreprise, mais en général, les organisations syndicales sont obligées de s'entendre. Que ce soit pour le vote d'un budget de Comité d'Entreprise ou des négociations salariales par exemple, la plus par…

Racisme ordinaire : La discussion "à la con" du boulot

J'ai encore eu une discussion "à la con" hier avec l'un de mes collègues de travail. Il était question au début de la conversation du terroriste français ayant participé à l'attaque du site gazier d'In Amenas en Algérie. De fil en aiguille, la discussion a dérivé sur les problèmes d'intégration en France de certaines communautés, pour finir par stigmatiser carrément les "Arabo-musulmans".

Alors ça m'a fait penser à une discussion à laquelle j'ai participé dernièrement sur Facebook où il était question pour les uns de combattre systématiquement les idées qui mènent au fascisme, pour les autres d'éviter au contraire de parler de ces choses là, qu'en dé-diabolisant le FN, ça le banaliserait.

La banalisation des idées du FN explique justement que j'ai pu avoir cette discussion "à la con" hier sur mon lieu de travail. Il y a quelques années, ces discussions existaient déjà mais ces échanges ne se faisaient pas ouverteme…