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David Assouline : Lettre aux camarades de la motion E : Mise au point

Chers(ères) camarades,

Ces dernières semaines, j’ai été mandaté par la direction de notre courant « l’espoir à gauche » pour négocier les conditions précises de notre entrée au secrétariat National du Parti, et j’ai conduit notre délégation (6 camarades) à la Commission électorale, composée de 20 camarades, chargée d’élaborer et proposer nos listes aux élections européennes.
J’entends tellement de choses fausses ou injustes, souvent les deux à la fois, sur le processus et les choix qui ont été faits que je m’adresse à vous pour faire état de mon mandat (nos objectifs), de la façon dont je l’ai pratiqué, et du résultat final au vu de nos objectifs.

Il y a trois semaines, le conseil d’animation politique de notre courant, qui se réunit le mardi, constatait qu’il devenait insupportable de voir écrit dans la presse que Martine Aubry nous avait fait des propositions de rassemblement et que nous portions la responsabilité d’une fin de non-recevoir. Nous avons donc décidé de porter clairement le débat au Bureau National, en déclarant que dans cette situation exceptionnelle de crise sociale et économique, nous étions prêts au rassemblement mais qu’il fallait que Martine Aubry nous reçoive pour en parler vraiment avec des propositions concrètes. Ce qui fut fait et Martine Aubry a répondu positivement, la rencontre fut donc organisée la semaine suivante. Notre délégation était composée de Vincent Peillon, François Rebsamen, Manuel Valls, Jean-Noël Guérini, Gérard Collomb, Delphine Batho, et moi-même.
Au cours de cette rencontre Martine Aubry a confirmé son état d’esprit et a proposé 4-5 postes à notre courant, et s’est déclarée prête à discuter avec Ségolène Royal pour lui confier des missions dignes de son statut d’ex-candidate à la Présidentielle, pour concrétiser ce début de rassemblement. J’ai été mandaté pour mener les discussions avec François Lamy et Martine Aubry directement. En accord avec notre délégation, et avec Jean-Louis Bianco, que je tenais informé heure après heure des échanges avec mes interlocuteurs, puis en accord avec l’ensemble de notre Conseil Politique du Mardi, j’ai essayé d’obtenir 12 postes. Ce fut difficile : après des heures et des heures de discussions, de coups de fils, de chaud puis de grand froid, l’accord annoncé par Martine Aubry fut celui que vous connaissez. Le blocage le plus important fut celui sur le poste d’adjoint à la rénovation pour Jean-Pierre Mignard, rejeté avec l’argumentation que c’était peu compatible avec la présidence de Désirs d’Avenir. Malgré notre insistance il est vite apparu que ce point de blocage était total. Tout le monde a considéré qu’on ne pouvait pas rompre là-dessus, d’autant que 11 en partant d’une proposition de 5-6 pouvait être considéré comme un bon résultat de négociation.

Il y a quelques semaines aussi commençait la discussion sur les listes aux européennes. Je conduisais notre délégation à la commission électorale. Cette délégation était constituée de 6 camarades : Jean-François Macaire (1er fédéral, grande Région Ouest), Laurent Grandguillaume (secrétaire de la section de Dijon, grande Région Est), Jean-David Ciot (1er Fédéral délégué des Bouches du Rhône grande Région Sud-Est), Sylvain Auvray (chef de cabinet de Gérard Collomb, grande Région Sud-Est), Marc Mancel et moi-même. Personne n’a jamais remis en cause cette délégation mise en place conjointement avec François Rebsamen qui avec moi était chargé de l’ensemble de la négociation électorale. Nous avons défendu et voté à l’unanimité tout d’abord les critères de composition des listes au premier rang desquels la proportionnelle de la représentation des motions pour les positions éligibles. C’était important pour nous, car si les 70% du CN (A+C+D) décidaient de faire les listes à partir du seul fait majoritaire comme souvent dans le passé, nous aurions pu être réduits à la portion congrue.
Cette proportionnelle donnait 6 sur 20 élus prévisibles ; 7 élus sur 21, 22, 23, 24. Notre mandat était d’abord d’obtenir concrètement ce nombre. Ce ne fut pas chose facile, tant les autres, en particulier la motion A ne voulait pas de la réalité de la proportionnelle pour pouvoir avoir un bonus afin de sauver son trop plein de sortants (avec l’argument « ils n’ont pas démérité pourquoi les sortir »). A ce titre, je suis parti, pendant plusieurs jours, participer, aux quatre coins de la France, aux réunions interrégionales réunissant les 1ers fédéraux concernés, pour défendre nos candidates et candidats.

Au final, le résultat validé par le CN ce week-end, c’est que si les militants votent pour ces listes, nous aurons probablement 6-7 députés européens signataires de la motion E : Vincent Peillon (tête de liste) et Karim Zeribi (3ème) dans le Grand Sud-Est, Eric Andrieu dans le Grand Sud-Ouest (3ème), Bernadette Vergnaud (tête de liste) dans le Grand Ouest, Cécile Jonathan (2ème ) de la grand Région Centre-Limousin, Aurélie Filippetti (3ème) de la grande Région Est ; plus une septième probable, Monique Saliou (4ème) en Région Parisienne. La motion A 5 à 6, la motion D 5 et la motion C 4. Entre l’objectif de la négociation et le résultat obtenu du point de vue quantitatif, il y a de quoi être satisfait. Restait un gros problème, qualitatif celui-là : nous avions plus de candidats que de places possible.s Nous avions donc des choix difficiles à faire, comme les autres motions en particulier la A qui avait beaucoup de sortants.
Nous avons acté unanimement dans notre motion qu’il était impératif que Vincent soit non seulement éligible mais tête de liste. Nous avons demandé jusqu’à la dernière minute qu’il le soit dans le Nord-Ouest (soit dit en passant cela aurait pu satisfaire le candidat de Gérard Collomb, mais cela aurait barré la route à Eric Andrieu et à Gilles Savary dans le Sud-Ouest puisque nos 3 candidats hommes sur 6, n’oublions pas la parité, auraient été les deux du Sud-Est et Vincent). Ceci dit Martine Aubry n’a rien voulu savoir, et Vincent ne pouvait plus qu’aller dans le Sud. Il fallait un homme de moins, le courant a décidé que ce serait Thierry Philip. Un autre choix aurait fait d’autres mécontents puisque deux seulement pouvaient être en position éligible.
Dans le Sud-Ouest, pareil, il y avait deux candidats hommes pour une place : Eric Andrieu et Gilles Savary, les deux avaient chacun leur légitimité, sans compter deux sortants motion E Béatrice Patrie et Michel Teychenné dont personne ne parle mais qui méritent tout autant notre respect. Une place pour quatre postulants.
Notre motion (tous les 1ers fédéraux et membres du CN motion E) réunie avant la dernière commission électorale, le Bureau National et le Conseil National, chargés de proposer les listes aux militants a arbitré de façon presque unanime que dans le Sud-Est nous défendrions Vincent Peillon tête de liste et Karim Zeribi en 3ème, et dans le Sud-Ouest Eric Andrieu en 3ème position.
C’est le mandat impératif que j’ai défendu avec François Rebsamen ensuite.
La vulgarité des propos sur « les apparatchiks qui ont décidé de tout au mépris de la démocratie et des territoires » me choque et me blesse puisque nos instances ont été associées à toutes nos décisions, et que dans les deux choix difficiles que nous avons eus à faire, si la base de notre courant avait été consultée tout le monde sait que ces choix auraient été largement approuvés, en particulier dans le grand Sud-Est avec la région PACA et plusieurs fédérations de Rhône-Alpes qui soutenaient Vincent Peillon et Karim Zeribi et le grand Sud-Ouest avec le Languedoc Roussillon en particulier qui soutenait Eric Andrieu (il n’y a qu’à regarder d’où viennent nos voix de congrès, ce fut d’ailleurs le guide essentiel de notre décision).
Reste un regret aussi, malgré notre insistance jusque dans les dernières heures de la nuit, le véto mis sur la candidature de Malek Boutih en 5ème position en Ile de France n’a pu être levé et je le déplore sincèrement.
Par ailleurs, tout le monde l’oublie mais presque tous les candidats issus de la motion E ayant souhaité figurer sur les listes en position non-éligible y seront, soit une quarantaine, ce qui ne fut pas chose facile, permettant de représenter mieux l’ensemble de notre sensibilité dans les départements.
La rénovation, c’est notre courant qui l’a défendue au congrès, et ce n’était pas la somme de tous les « recalés » des listes européennes, mais une équipe avec Ségolène Royal et un projet.
Quel est le sens politique de signer des pétitions maintenant contre les listes, au nom de la rénovation, avec beaucoup de ceux qui ont participé au bloc du « tout sauf Ségolène », et qui ont ainsi empêché que le Parti fasse un bon en avant sans précédent dans la nécessaire rénovation?
La rénovation ce n’est pas mettre en danger l’unité de notre courant qui est le seul à la porter avec cohérence et détermination, et plomber nos listes publiquement alors qu’une campagne difficile va s’engager face à la droite, pour défendre son seul intérêt particulier quelque soit sa légitimité.
Dans ce processus, difficile et fatiguant, je n’ai été guidé, avec d’autres, que par le souci de poursuivre le plus efficacement le combat que nous menons ensemble, avec le moins d’injustice possible, et je trouve le résultat positif.
Le reste c’est de l’instrumentalisation de notre beau combat pour la rénovation, pour masquer des amertumes que je comprends. Mais l’amertume ce n’est pas une politique, encore moins une feuille de route vers l’avenir.


Les listes ont été adoptées par le Conseil National du parti (qui comprend tous les 1ers fédéraux de tous les départements et les membres de toutes les motions à la proportionnelle des résultats du congrès) réuni le 28 février avec 93.5 % de voix en leur faveur.
Le renouvellement est là avec 50 % de nouveaux candidats pour les places éligibles, le non cumul des mandats (aucun candidat éligible ne dirige un exécutif) et la diversité (6 candidats en position éligible) progressent, la parité est intégrale (si nous avons 25 élus, il y aura 13 femmes).
Je vous appelle donc à voter massivement pour ces listes, car ce vote sera commenté et sera déjà un signe pour ceux qui nous regardent et que nous devrons convaincre de voter socialiste en juin.

Notre unité, le rassemblement, la rénovation que nous portons au cœur, notre capacité à produire des idées, doivent maintenant occuper l’essentiel de notre action. C’est un appel à toutes et à tous pour que triomphe l’espoir à gauche.

David ASSOULINE
d.assouline@senat.fr
Blog - L'Espoir à Gauche

Commentaires

  1. Bonjour !

    Dans la région où je vote, exit Vincent Peillon, parachuté dans le Sud. Que reste t-il ? Une tête de liste de la motion Aubry, devant d'autres représentants de la motion Aubry. Où est la motion E ? Aucune idée !

    D'où un cas de conscience en ce qui me concerne : vais-je voter PS ou non à ces européennes ?

    La question reste pour l'instant en suspens...

    ELN


    PS : j'ai créé un perso sur second life mais, boulot oblige, je n'ai pas encore pu me connecter plus d'une fois. On se retrouvera peut-être mercredi soir ;-)

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  2. Ok ELN,

    Et bien voilà un premier sujet de débat lors de notre rencontre sur SL^^

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