Parlons NAO.

Après les mesures face à la crise, qui auront été l'occasion pour ma direction d'obtenir plus d'aides publiques qu'à l'accoutumée, il est maintenant arrivé le temps des négociations salariales.

La négociation annuelle obligatoire sur les salaires vient donc de commencer avec une première réunion qui s'est déroulée hier, et qui devrait se clôturer au bout de quatre autres réunions avec la direction d'ici à début Mars. Ceci est le scénario d'une NAO qui se déroule normalement, avec une négociation qui même si elle est toujours difficile, peut se terminer par la signature d'un accord dans les délais prévus initialement. En sera t-il ainsi cette année ? Rien n'est moins sûr...

C'est dans une entreprise de 4000 salariés, qui fait plus de 100 millions de bénéfices/an, qui économise près de 10 millions d'euros/an grâce aux aides publiques en aggravant les comptes sociaux puisqu'elle est exonérée du paiement de certaines cotisations sociales (CSG/CRDS), que les organisations syndicales doivent se battre pour obtenir plus. Si on ne le fait pas dans ces entreprises, où le fera -t-on ?

Alors bien sûr la première réunion est l'occasion pour la direction de "noircir le tableau" de faire un premier bilan salarial de l'année écoulée, en présentant un contexte qui laisserait à penser que nous abordons ces négociations sans la possibilité d'obtenir plus que de raison.

Mais ce n'est pas notre analyse, il serait difficile ici de vous décrire plus que je ne le fais la santé de cette entreprise, mais pour une entreprise du secteur aéronautique qui connait des cycles de production de cinq ans, nous avons là une entreprise qui réussit malgré la crise à consolider ses ventes, à maintenir ses profits.
Finalement, et contrairement aux PME et TPE, cette grande entreprise réussit le tour de force de présenter les mêmes bilans que l'on soit en contexte de crise ou pas. Il nous apparait donc logique que les négociations salariales se déroulent normalement sans que la "crise" soit la raison pour obtenir peu.

La réunion se déroule, et arrive le sujet brûlant des augmentations individuelles. L'un des DRH s'étale sur le sujet, selon lui elles peuvent être l'occasion de récompenser un salarié qui se démarque des autres (nous avons des augmentations générales et individuelles AG, AI), et nous laisse entendre que cette "compétition" salariale n'est pas vraiment répandue et annonce que ce serait le cas d'un salarié sur mille.
mon sang n'a fait qu'un tour et j'ai donc pris la parole. Non cette récompense à l'augmentation individuelle n'est pas si peu répandue, c'est même devenu un système. D'année en année, il y a toujours plus d'augmentations individuelles et moins d'augmentation générale. La performance du salarié est un prétexte pour accorder moins d'augmentation générale, ce qui provoque un tassement des salaires. Aujourd'hui un jeune avec cinq ans d'expérience, qui aura été mal embauché peut être assez proche du smic (je reconnais que j'avais haussé le ton^^)

Hé bien, ça ne lui a pas plu du tout et il haussa le ton également : "vous n'avez pas le droit de dire cela" et se justifie. En fait il apprécie pas que l'on dise qu'un jeune soit mal embauché et si peu valorisé après cinq ans d'ancienneté. Je le laisse terminer et prend des exemples de salariés (qu'il connait bien) pour lui signifier que j'ai raison. Comme d'habitude, il me dit qu'il va se renseigner et que nous en rediscuterons lors de la prochaine réunion.

Alors il a intérêt d'être prêt, parce que moi je le serais ! Avec les collègues nous nous sommes tout de suite mis au travail après la réunion. Nous avons relevé les chiffres des salaires d'un jeune embauché, à même qualification, même poste en l'an 2000, et pour 2009. Il est facile d'obtenir la progression du smic pour la même période. Les salaires chez nous ont progressé de 19.6%, alors que le Smic progressait de plus de 30%.

Il y a donc bien un tassement des salaires vers le bas, on nous smicardise.

Et ceci n'est vraiment rien à côté des échanges que nous allons avoir sur tout le reste, congé allaitement pour les femmes enceintes, congé pour enfant malade, contrat de prévoyance, prime énergie pour faire face aux hausses de tarif de l'électricité et du reste. Tout va y passer !

Alors la fin des NAO début Mars ? Rien n'est moins sûr....

Commentaires

  1. Très instructif.

    En tant que salarié et syndicaliste, as-tu toutes les infos sur les rémunérations de tes dirigeants, des actionnaires, des administrateurs?

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  2. Nicolas,

    Oui merci, du courage nous en avons à revendre... Surtout dans notre organisation syndicale où il faut presque freiner les ardeurs de certains^^
    Au moins c'est vivant, y a du débat et souvent je me dis qu'ils sont fadasses en face (les autres organisations syndicales)

    Dpp,

    Hé non justement, nous aimerions bien savoir ! Nous avons eu ponctuellement grâce à des fuites, les revenus de nos dirigeants dans certaines périodes comme celles des années 80... Où grâce à un réseau bien implanté nous arrivions à obtenir ce type d'information.
    Reste que nous connaissons quand même la proportion de profits qui va aux actionnaires et donc la répartition des bénéfices entre investissement (dans la recherche et développement), la valorisation salariale et les profits aux d'actionnaires (c'est un groupe)
    Sur 100 millions/an, c'est environ les trois tiers dont parle Sarko, comme quoi il n'a pas inventé l'eau chaude :)

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