L'atteinte à l'anonymat du blogueur est une atteinte à la liberté d'expression.

C'est en lisant Mathieu et Juan que j'apprends l'existence d'un projet de loi visant à rendre obligatoire l'identification d'un blogueur.

Une chose est sûre, si demain il m'était imposé de divulguer mon identité pour pouvoir continuer à écrire ici sur ce blog, j'arrêterais de suite. Comme le rappelle Juan, ce n'est pas l'anonymat qui empêche d'éventuelles poursuites sur un blogueur qui dérape, la justice aura vite fait de l'identifier. Non, le but ici est de réduire la liberté d'expression sur le net.

Prenons ce seul exemple :

Pourrais-je encore, dans le cas où je serais complétement identifié, dire que la direction de mon entreprise se rend coupable d'une gestion mal maitrisée de son activité ? Que cette grande entreprise industrielle profite de la solidarité nationale par la convention APLD, (mesure de chômage partiel fraichement mise en place en Avril 2009 par le gouvernement de Nicolas Sarkozy) alors qu'elle dégage des milliards de bénéfice et que cette "assistanat" permet à cette entreprise de ne pas changer ces mauvaises habitudes ?

Le but pour l'entreprise ? Profiter du contexte de crise pour obtenir, sous couvert d'une petite baisse d'activité (ponctuelle), quelques millions de l'état et être exonérée du paiement des cotisations sociales. Et bien sûr sauvegarder les bénéfices, et pour être honnête, même le salarié s'y retrouve en ayant comme chaque année les mêmes primes de participation et d'intéressement aux bénéfices. C'est pas beau la solidarité nationale aux entreprises ?

Le but (l'intérêt) pour mon lecteur ? J'y vois au moins l'intérêt d'apprendre (je ne le savais pas moi-même) qu'une entreprise, qui met en place de telles mesures, peut tranquillement continuer à faire faire des heures supplémentaire à ses personnels, de le faire travailler en 3x7, et également le samedi matin, alors que ces mêmes personnels restent chez eux en chômage partiel la semaine suivante.

Pourrais-je l'écrire si vous connaissiez mon identité ?

L'anonymat du blogueur permet une certaine liberté de ton. En prenant mon exemple personnel, de cette situation qui me parait injuste que de faire appel à la solidarité nationale pour aider une entreprise qui n'en a pas besoin (les organisations syndicales n'ont pas donné leurs accords, application unilatérale), j'essaye de faire partager une situation particulière qui n'est pas forcément vécue par les lecteurs de ce blog.

Qu'en deviendra-t-il demain ? Il y a certainement d'autres blogueurs politiques (professionnels) qui parlent de ces situations, de ces politiques de l'emploi mises en place par le gouvernement. Mais les personnes qui vivent ces situations n'ont-elles pas le droit d'en parler sur le net en s'affranchissant des pressions professionnelles qu'elles subiraient si elles ne pouvaient être protégées par l'anonymat ?

Ce qui est avancé par ce projet de loi : "La distinction entre le non professionnel et le professionnel est malaisée car une personne peut être considérée comme professionnelle ou pas selon la nature du sujet sur lequel elle s'exprime. En outre, compte tenu de la multiplication des sites et des propos litigieux qu'ils peuvent contenir, il apparait de plus en plus nécessaire de faciliter l'exercice concret du droit de réponse des personnes nommément mises en cause par des auteurs anonymes. "

Bien que je ne cite jamais le nom de mon entreprise, ni les chiffres (qui me permettraient pourtant d'étayer un peu plus mon argumentaire) je suis à peu près sûr que la DRH de mon entreprise aurait vite fait d'apprendre l'existence de ce blog dans le cas où je serais complétement identifié.

Ce projet de loi me parait mal ficelé, il s'appuie sur le droit de réponse des personnes nommément mises en cause, mais pas sur la difficulté légale à mettre en cause l'auteur de propos litigieux ! Encore une fois, les poursuites sont nombreuses envers les blogueurs, les poursuites judiciaires sont régulières et les condamnations nombreuses, l'anonymat affiché sur le blog n'empêche pas les poursuites.

Il n'y a donc aucun intérêt à ce projet de loi liberticide du point de vue de "la mise en cause". Peut être que le but non avoué est de museler une blogosphère politique à gauche bien plus développée qu'à droite. Cette atteinte à la liberté d'expression sur le net n'a pas d'équivalent dans les pays dit démocratiquement avancé. Mais peut être que la France respecte de moins en moins les libertés individuelles.

Commentaires

  1. Moyennement d'accord ! Je ne donne AUCUNE information sur mon entreprise où je suis cadre sup et donc proche de la direction. Même si je suis souvent opposé à ses décisions, mon boulot est de les mettre en place...

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  2. Moi qui suis également assez proche des décisions prises par la direction de mon entreprise, étant représentant au CCE (comité centrale d'entreprise) en parler anonymement ici sur ce blog me permet de dénoncer les dérives de l'application ou de la modification des règles du code du travail par exemple.
    On le fait syndicalement au sein de l'entreprise par le biais des tracts diffusés aux salariés, et là aussi l'anonymat est respecté, le seul sigle du syndicat représentant l'expression collective.
    Peut être que le blog peut être la même chose, exprimer ce qui pourrait être l'expression collective au travers d'un vécu personnel.

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  3. D'accord avec toi.

    L'anonymat me permet une certaine liberté de ton. Mis je me sens responsable de mes propos, et par conséquent jee ne divulgue pas de secrets professionnels et ne tiens pas des propos litigieux, diffamatoires, etc..

    Simplement, les personnes qui travaillent avec moi, directement ou indirectement ne sont pas au courant d'une activité qui relève de ma vie en dehors du travail.

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  4. Je viens de placer votre billet dans le pearltree dédié à cette proposition de loi : http://www.pearltrees.com/yannsavidan/6003316/

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  5. je suis d'accord avec Stef ET Nicolas: l'anonymat doit être possible. Mais je ne m'en sert jamais pour balancer contre mes employeurs.

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  6. @ Yann,

    C'est bien que tu t'en occupes...

    @Juan,

    Je ne cite jamais le nom de mon entreprise, mais comme tu le dis, je "balance", effectivement des agissements qui me paraissent plus que limites... Je prends soin que toute ressemblance avec les faits exprimés ne me porte pas préjudice.

    Je crois qu'il y a beaucoup trop d'abus dans nos milieux professionnels, les intérêts des travailleurs sont de plus en plus éprouvés pour qu'on se paye le luxe de ne jamais en parler.

    :)

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  7. Je ne sais pas que penser de l'anonymat… D'un côté, depuis des siècles, il a été utile à bien des opposants aux régimes en place, et donc il est illusoire de vouloir le faire disparaître —il existera toujours. D'un autre il me semble que l'on doit pouvoir s'exprimer à visage découvert… Mais c'est facile quand on n'a rien à perdre ou à craindre, comme moi. Et il n'y a pas que le discours politique qui puisse inciter certains à cacher leur identité: on peut souhaiter s'exprimer sur des tas de sujets sans pour autant le faire sous le regard de ses voisins ou connaissances…

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